L’Intégration Scolaire Elitiste des Personnes Handicapées dans les Ecoles Haïtiennes

             On ne connait pas sur notre planète ni époque ni lieu  où, sous des formes variées, le handicap ne se manifeste pas . Cette expression de la fragilité, universellement présente dans le temps  et dans l’espace, est susceptible d’affecter toute la chaine du vivant. Ici ou là-bas, nul n’y échappe.

    Gardou, Charles, le Handicap aux risques des cultures, p9

    Après le Séisme meurtrier du 12 Janvier 2010, Haïti compte  1.041.321 personnes en situation de handicap. Ce nombre représente jusque-là 10%  de la population  totale. Selon l’OMS, 43% de cette population  déficiente sont en difficulté d’apprentissage[1] .  Alors que les écoles fondamentales de toute la république ne comptent que de 0,14%  d’enfant en situation de handicap[2] .

    L’Etat, pour assurer la promotion, le respect  et la mise en œuvre du droit à l’éducation des déficients de diverses natures, a ratifié un ensemble de convention et promulgué plusieurs textes de lois.  La dernière en date est la Convention des Nations-Unies Relatives aux Droits des Personnes Handicapées (CRDPH). Si à partir de l’article 24 de cette convention ratifiée en 2009  l’Etat s’engage à assurer la pleine intégration des personnes handicapées en matière scolaire, dans la « loi sur l’intégration des Personnes Handicapées » publié le 13 Mars 2012, il a fait une certaine démarcation.  A l’article 33 de ladite loi, l’Etat exprime une certaine réserve  sous-jacente quant à l’intégration effective d’une certaine catégorie de personne déficiente. L’article se lit ainsi : « les personnes ayant une déficience  physique  ont libre accès  aux centres scolaires  publics  et privés … Les personnes  ayant des déficiences intellectuelles ont accès à l’éducation à la mesure de leurs capacités…».

    La « mesure de capacité » des déficients est une restriction à l’exercice partielle ou totale, temporaire ou permanente d’une certaine fonction essentielle de la vie quotidienne. En matière de scolarisation, cela correspond nettement à certains Besoins Particuliers  comme les constituants l’ont si bien mentionné à l’article 32 alinéas 8 de la constitution en ces termes : L’Etat garantit aux personnes  à besoins spéciaux la protection, l’Education et tout autre moyen nécessaire à leur épanouissement  et à leur intégration  ou réintégration  dans la société».  Alors les dispositions de lois peuvent élaborer pour réguler des situations futures ou présentent. Une telle mesure manifestement exprimée à l’égard des déficients intellectuels taxée le système éducatif Haïtien de discriminatoire à l’égard de certains déficients. Pendant qu’on promeut l’inclusion sociale, l’article 38 de ladite loi entérine l’exclusion des déficients mentaux en les isolant  dans des établissements scolaires spéciaux. Tandis que Fuster Philippe et Philippe Jeanne  voient dans l’intégration scolaire le souci de réduire les différences  en faisant en sorte que l’école engendre le moins de ségrégation possible[3].

    En tout cas, les législateurs Renvoient les déficients mentaux dans les écoles spécialisées.  Ils semblent buter sur un « besoin éducatif spécifique » auquel les spécialistes de l’accessibilité ou ou des sciences mentales peinent à prévenir ou curer ou traiter tout simplement. Non ! Les avancées sont de taille aujourd’hui. Déjà les facteurs liés à la déficience intellectuelle ou aux écarts de développement intellectuel sont multidimensionnels selon les dernières avancées de certains chercheurs comme Roger Salbreux et Roger Misés. Aujourd’hui, les facteurs  neurologiques, paraissant incurables, ne sont pas les seuls facteurs liés à la déficience mentale. Si certaines causes sont génétiques ou périnatales, d’autres sont d’ordre environnementales. Des  mesures préventives, mélioratives et curatives  appropriées sont enseignées[4] . La déficience intellectuelle jusqu’en 2012, date d’élaboration de ladite loi, n’était pas jusque-là énigmatique.

    Dans la perspective d’une société inclusive, tous les déficients sont normaux. C’est à l’environnement physique, social et matériel de s’adapter aux besoins spéciaux des  déficients de diverses natures. Sans occulter les exigences capitales, la sélectivité de l’article 33 retarde encore la marche vers une société inclusive en faisant restriction à certaines catégories. Cette  marque sélective et ce penchant vers les déficients physiques renvoient à une certaine négativité et insouciance légitimée à l’égard des déficients intellectuels. Aussi, cette tendance rétrograde renvoie à une certaine hiérarchie catégorielle dans le champ du handicap. Le handicap physique occupe une place de choix par rapport aux handicaps intellectuels. Ce peut-être un choix motivé par rapport à la représentation majoritaire (25%) de la statistique des déficients moteurs[5]. Si les acteurs du secteur souscrivent à cette démarche, ils ne font que couper l’arbre de l’inclusion sur lequel ils s’assoient. Cette hiérarchie différencie les préoccupations à l’égard des personnes handicapées. Elle légitime la sous-traitance  des  déficients intellectuels et une intégration élitiste scolaire en Haïti.  

    Alors, nous ne tendons pas à faire abstraction des cas de polyhandicap très complexe qui ferait penser à des mesures spéciales dans une école intégrée. Ce que nous exigeons à nos législateurs c’est d’être plus progressistes et intégrationnistes que possible.

    Classification du Handicap et Intégration Elitiste

    Le handicap se diversifie selon la nature, le temps, la sévérité. Maintes fois, les gens se focalisent sur  le handicap physique et mental. Alors que, pris dans un sens large, ce phénomène peut s’étendre  au sexe, à la situation socio-économique, à l’origine ethnique et á l’héritage culturel de l’individu[6]. Parfois, l’étiquette de handicap attachée à la situation d’une personne peut heurter à sa perception contrastée. L’abstraction de certains facteurs taxonomiques conduit parfois à quelques amalgames. Cette ordination du handicap se fait dans un souci pédagogique. Elle facilite la saisine, la communication du phénomène. Les scientifiques des sciences sociales attirent  toujours l’attention sur certaines catégories invalidantes et marginalisantes  (les stéréotypes, les perceptions négatives, les caricatures) à l’égard des personnes en situation du handicap. Dans la législation Haïtienne, des dispositions légales inaugurent une autre classification du handicap. Cet ordre classificatoire subtilisé à la lecture des articles 33 et 41 de la loi sur l’Intégration des Personnes Handicapées est axiologique. L’article 33, celui à partir duquel l’Etat se montre plus favorable à l’intégration des déficients physiques par rapport aux déficients mentaux, se lit en ces termes :

    «  Les personnes ayant une déficience physique  ont libre accès aux centres  scolaires publics et privés. Le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation  professionnelle veille au respect  de cette disposition par les responsables des écoles privées et publiques. Les personnes ayant des déficiences intellectuelles  ou des déficiences  multiples  ont accès à l’éducation à la mesure de leurs capacités… »

    Cette  disposition formalise un ordre hiérarchique du handicap sur une base de valeur.  Les personnes en situation de handicap physique se trouvent plus favorisées à l’intégration scolaire  en raison de la nature de leur handicap dans une société  qui prône l’inclusion. Par contre les déficients mentaux, selon  le vœu de l’article 41, seront isolés dans les écoles spécialisées taxées de ségrégatives dans le rapport du Mars 2016 de certaines organisations de/pour personnes handicapées (UFMORH ASLA, AFAS, RANIPH) sur la situation des personnes handicapées en Haïti[7]. Alors que selon l’intégration scolaire, l’école doit engendrer le moins de ségrégation possible. A vrai dire, l’école doit-être le premier espace de socialisation où la différence s’installe de façon normée.  Quels sont les motifs de l’Etat par rapport à ce choix discriminatoire dans le champ des personnes en situation de handicap  déjà en proie à la discrimination?

    Wilson Archange Saint-Brun                                                                                                                                                                           wilsonsaintbrun@gmail.com        

    40369591(Watsapp)

      Thomonde, Vendredi 15 Nov. 2019

    BIBLIOGRAPHIES

    • https://www.cairn.info la notion de déficience intellectuelle et ses applications pratiques: Roger Salbreux et Roger Misés, dans Contraste, 2005
    • Banque Mondiale, OMS, Rapport Mondial sur le handicap, p6
    • https://www.cairn.info la notion de déficience intellectuelle et ses applications pratiques: Roger Salbreux et Roger Misés, dans Contraste, 2005
    • Banque Mondiale, OMS, Rapport Mondial sur le handicap, p6
    • https://www.cairn.info la notion de déficience intellectuelle et ses applications pratiques: Roger Salbreux et Roger Misés, dans Contraste, 2005
    • Banque Mondiale, OMS, Rapport Mondial sur le handicap, p6
    • Gardou, Charles, le Handicap aux risques des cultures, p9
    •  www.seiph.gouv.ht Rapport initial de la république d’Haïti au Comité des Droits des Personnes  Handicapées
    • MENFP, DPCE, Recensement Scolaire 2010-2011-ANNUAIRE FOND 1 ET 2
    • Fuster, Philippe, Philippe Jeanne, La Scolarisation des Enfants en situation de handicap,  p57-58
    • UFMORH, ASLH et al. Violations liées aux Droits Humains en Haïti, Mars 2016

    [1] www.seiph.gouv.ht Rapport initial de la république d’Haïti au Comité des Droits des Personnes  Handicapées

    [2] MENFP, DPCE, Recensement Scolaire 2010-2011-ANNUAIRE FOND 1 ET 2

    [3] Fuster, Philippe, Philippe Jeanne, La Scolarisation des Enfants en situation de handicap ,p57-58

    [4]https://www.cairn.info la notion de déficience intellectuelle et ses applications pratiques: Roger Salbreux et Roger Misés, dans Contraste, 2005

    [5] Opcit.

    [6] Banque Mondiale, OMS, Rapport Mondial sur le handicap, p6

    [7] UFMORH, ASLH et al. Violations liées aux Droits Humains en Haïti, Mars 2016

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