Pourquoi les jeunes doivent continuer à se mobiliser pour renverser le système ?

    Par Esther Guerlie Jean Baptiste, av.

    Sous quelque gouvernement que ce soit, la nature a posé des limites au malheur des peuples. Au-delà de ces limites, c’est ou la mort, ou la fuite ou la révolte (Denis DIDEROT). 

    Depuis quelques temps Haïti ―où la compétence est l’otage de la médiocrité, les mauvais chassent les bons ou les moins mauvais, et les plus vulnérables mis en coupes réglées― se trouve placée parmi les pays les plus meurtris par la pauvreté, l’injustice programmée (sur les plans social, judicaire, environnemental, etc.), la corruption, les inégalités de toutes sortes, etc. La dégradation accélérée des conditions de vie de la population, notamment des couches les plus défavorisées, s’érige en norme ces dernières années sous le regard insouciant des autorités et des élites du pays qui, semble-t-il, sont toutes atteintes de la perversion narcissique. La société est pratiquement divisée en deux groupes : (i) le « groupe des INCLUS » qui rassemble une très faible proportion de la population constituée essentiellement des principaux privilégiés/profiteurs du système et (ii) le « groupe des EXCLUS »  qui englobe la grande majorité de la population (avec une proportion imposante de jeunes) privée du nécessaire et n’ayant pas une existence décente. Qu’il s’agisse des habitants des zones marginalisées (méprisés, opprimés, considérés comme des héritiers de la pauvreté, abusés politiquement et vecteurs de la violence), de personnes rongées issues de la classe moyenne (les non-affiliés) ―malgré leurs efforts ou sacrifices notamment sur les plans académique et professionnel― ou d’autres catégories faisant partie du groupe des exclus, ils vivent tous dans l’inquiétude, l’angoisse, la précarité et/ou l’indignité. 

    Ce « groupe des exclus », en déshérence, regorge de familles dont les enfants sont nés dans la pauvreté, grandissent dans l’ignominie absolue, mènent une vie d’adultes misérable et meurent dans des conditions avilissantes/honteuses sans avoir jamais eu la moindre opportunité de briser, par leur force de travail et leur potentiel humain, la chaine de l’injustice et donc se libérer de leur châtiment socio-économique. Ainsi, le non-respect, dans tous les sens, des droits fondamentaux de ce groupe des déclassés n’est pas à démontrer. Ces individus, en nombre de plus en plus croissant et, de plus en plus en proie à la déshumanisation, pour ainsi dire, sont en permanence les principales victimes, avec la forte complicité de l’Etat, de la tyrannie du système mis en place pour promouvoir des rapports sociaux fondés sur la domination, la supériorité, la condescendance et le favoritisme.  

    Ce « système vampire » dont la consolidation est encouragée par ses serviteurs ou ses défenseurs (dont les satrapes, des agents internationaux et des politiciens véreux) est très féroce et impitoyable. Broyeur de vie et d’avenir, il crée les conditions pour l’oligarchie de disposer ― selon des mécanismes conspirationnistes imbriqués impliquant des cryptomanes, mythomanes, médiocrates, zérocrates et des kleptocrates habiles ―  de tous les leviers de commande pour imposer de façon indécente sa logique prédatrice et cupide à l’ensemble de la population. De nombreuses lois de la république ne sont que la traduction de la volonté des membres de cette oligarchie dont les intérêts financiers sont soignés ou surveillés par des dirigeants de l’Etat placés à leur solde (les trois pouvoirs confondus: exécutif, législatif, judiciaire).  

    Les jeunes, démographiquement plus importants dans le pays et socio-économiquement plus asphyxiés, sont les plus touchés par cette organisation infâme/sordide/ ignoble supportée par une politique de surexploitation. Tel que conçu, le système nourrit la crise dans laquelle patauge la société et crée les conditions de l’érection de grosses barrières quasi infranchissables entre les jeunes et leurs rêves. Autrement dit, il s’évertue à hypothéquer l’avenir des moins jeunes, rendre incertain celui des plus jeunes et les faire crouler sous le poids de la désolation, de la désespérance et de l’humiliation. Pourtant, courageuse, fortement animée du désir d’accomplissement, la jeunesse devrait être un vecteur de progrès et le véritable socle sur lequel (ou autour duquel) bâtir l’avenir du pays.  

    Devant un tel état des choses, et sachant que le futur se construit à partir du présent,  les jeunes―lutteurs nés, intrépides, possédant force et constance ― n’ont pas d’autres choix que de s’engager plus intelligemment pour inverser l’ordre des choses établi en renforçant les nombreuses luttes déjà initiées avec noblesse par diverses couches de la société pour assurer leur survie et le respect de leurs droits. Car, comme le suggèreraient les auteurs Louise GAXIE et Alain OBADIA, face à la puissance et au cynisme du système, il faut une mobilisation la plus collective possible des intelligences, des consciences, des convictions et des énergies pour pouvoir colleter la réalité et obtenir gain de cause. Dans cette aventure, tout en veillant à la corruption des consciences par les sbires du système (qui se moquent éperdument de la tribulation du plus grand nombre), chaque pas en avant ―apprécié pour ce qu’il est ― doit être considéré comme point d’appui pour aller plus loin dans la perspective du « rêve partagé » : Transformer l’ordre social établi pour construire une société inclusive, émancipatrice, créative et prospère gouvernée par un Etat fort, impartial et bon garant de l’intérêt général

    L’établissement de cette société tant convoitée, qui inscrira le pays dans une nouvelle ère démocratique tout en nous rattachant aux valeurs ancestrales, permettra d’écrire un nouveau chapitre dans notre histoire de peuple. Dans cette société, grâce à notre maturité et les leçons apprises, le tissu social sera recousu et nous prouverons au monde entier ce que nous sommes réellement (complètement diffèrent de ce que l’on prétend que nous sommes ou que l’on veut que nous soyons). Les actions et les politiques publiques au service du développement et de la cause du peuple, seront pensées à l’intérieur d’un cadre où prédomineront le savoir scientifique, l’intellectualité et l’esprit du bien-être collectif. Tout cela, c’est sans ignorer bien évidemment combien d’immenses obstacles, des défis de taille et des enjeux majeurs surgiront de toutes parts, mais  nous devons nous préparer pour y faire face à l’instar de nos valeureux et prestigieux ancêtres qui ont fait 1804.  

    Sur la base de tout ce qui précède, des jeunes, révoltés, issus des dix départements géographiques du pays et d’origines sociales diverses, refusant de continuer à se plier sous le joug de la détresse ou de prendre la fuite et de se faire manger par des requins en haute mer, profondément convaincus qu’un nouvel ordre des choses est possible, et déterminés à prendre en main leur destin, n’ont pas d’autre choix que de se regrouper et de s’affirmer ― à travers toute sorte de mécanisme ou dispositif intelligent ― pour affronter la bête, détruire la machine de l’impunité et renverser ce système caractérisé par les violations de toutes sortes des droits de la personne, l’irresponsabilité et l’évanescence de l’Etat renforcées par les diverses formes d’exclusion créant un abime social qui les sépare des voies de la réussite et qui les enferme dans un véritable enfer social et économique.  

    La jeunesse est la force et le moteur de toute révolution. Lorsqu’elle est engagée et déterminée, nul ne peut y résister. D’ailleurs Thomas SANKARA l’avait bien compris en déclarant qu’« une jeunesse  mobilisée […] est une puissance qui effraye même les bombes atomiques ». Le combat initié pour recouvrer notre dignité de peuple est comme une longue marche dont le premier virage ― quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse ― doit être scellé par la chute fracassante du pouvoir en place qui est corrompu, trompeur et incapable, entouré de cancres et garant du bon fonctionnement du système mafieux. En aucun cas, il ne faut pas rater ce premier virage qui offrira l’ultime occasion d’arrêter le processus d’effondrement total du pays et de regimber contre la chaine esclavagiste moderne.

     Désormais, l’avenir doit appartenir aux jeunes. Et, comme dirait Felix CORTES, s’ils font toutes les choses qu’ils sont capables de faire, ils s’étonneront eux-mêmes. 

    Que les fils et les filles dignes de la nation s’unissent pour la prendre en main, quel qu’en soit le prix !

    Esther Guerlie Jean Baptiste, av.

    Secrétaire Exécutive Réveil Citoyen

    Mirebalais, Plateau Central

    13 Octobre 2019. 

    sterlyjb2008@yahoo.fr   

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